Boom, les troubles alimentaires // Un éléphant sur le doigt

 

Troubles alimentaires flyer

Comme pas mal de gens, j'ai été vicitme de troubles alimentaires, il y a déjà presque 6 ans. La pointe d'un énorme Iceberg est entré dans ma vie, enfin plutôt dans mon miroir.

Chapitre 1 : Comment je suis entrée dans la merde jusqu'aux os.

Un jour s'est arrivé. J'étais lycéenne, je sortais d'une rupture très difficile à vivre, qui a été sûrement l'élément déclencheur d'une avalanche de trucs refoulés. C'était parti: un jour devant mon miroir, je me suis trouvée GROSSE. Le début d'un très gros conflit en moi était né. Mon corps était banni de ma vie. La femme que je devenais n'était pas vraiment la bienvenue. 

Tout commence par un rejet de soi. On ne se voit plus pareil, on se compare, on se malaxe le surplus de graisse comme si on pouvait l'enlever, on a envie de se déchirer la peau et de contrôler son bon vieux p'tit corps pour le transformer à notre guise. J'ai pris conscience, un jour comme ça par hasard, par mégarde, que je pouvais changer de corps si je le voulais vraiment. Je n'y avais jamais pensé, j'adorais manger, me goinfrer de conneries, savourer de nouvelles recettes et me faire plaisir sans culpabiliser. J'ai toujours été bien dans mes baskets, sans penser aux calories ni a la cellulite. Mais quand je dis jamais, je dis bien JAMAIS. Je m'en foutais, je ne savais pas que cette dimension de la pensée existait. Je ne savais pas la souffrance qui pouvait se trouver derrière le corps et la nourriture. Mais ça c'était avant. 

Un jour le coup de tonnerre a frappé et une graine s'est mise à germer dans ma tête de linotte. Je ne m'aimais plus, je me trouvais trop grosse, je prenais trop de place, je dégageais une image qui ne me plaisait pas. Je voulais paraître forte, dynamique, maigre, enfantine, frêle et "fit". Je voulais être un cintre et pouvoir porter n'importe quoi. Je voulais redevenir une petite fille, sans forme, sans ces putain de hanches, je voulais que ma peau soit dure sans une seule trace de graisse à l'horizon. J'étais malade. 

J'ai donc décidé de reprendre le contrôle de ma vie, à travers mon corps bien-sûr, qui allait devenir mon obsession, mon arme, mon exutoire, mon combat contre le sablier du temps qui s'écoule, et surtout contre mon père mais ça c'est une autre affaire. J'ai commencé par aller sur des forums de merde pro-anorexie, pour trouver des techniques de perte de poids rapido. Bien-sûr j'ai commencé à tester des trucs bien cons, mais j'ai arrêté tout de suite. Une seule méthode m'allait bien: Cesser de m'alimenter tout simplement. J'ai donc tout stoppé du jour au lendemain, me mettant au sport intensif, comptant mes calories tous les jours, sans me peser parce que j'avais trop peur, mais en me scrutant dans le putain de miroir h24 (en pleurs). Je n'étais pas grosse du tout, j'étais juste différente de la petite fille que je pensais être. J'avais les seins qui poussaient, des hanches qui se dessinaient, j'étais grande et j'avais des bonnes fesses que je trouve aujourd'hui trop funky (merci mon booty!). Mais non. Je ne l'acceptais pas et je voulais changer de carcasse. Je devenais une victime des diktats et je me tuais à petit feu. Je n'avais plus mes règles, je manquais de beaucoup de nutriments, j'avais deux de tension tout le temps, mais rien ne comptais plus au monde que de remédier à mon mal-être en changeant de peau. 

Sauf que ce qu'on sait pas quand on commence à vouloir contrôler son corps dans un but aussi violent et alimenté par la haine de soi, c'est qu'on tombe dans un cercle vicieux. Une spirale infernale où plus on maigri, plus on se trouve gros, plus on prend du plaisir à se contrôler, et plus notre vision est déformée. 

J'ai perdu une quinzaine de kilos en quelques mois. Je n'avais plus de motivation, je n'en avais pas la force, je ressemblais à un mannequin et les gens me trouvaient belle (très maigre certes) mais j'étais comme les filles sur Instagram. J'étais malade, je me faisais du mal, mais j'étais BELLE. Enfin pour moi et quelques personnes. Pour mes parents ça a été un drame, ils me voyaient me désépaissir de semaine en semaine, ils étaient malheureux et ne pouvaient strictement rien faire. Je devenais agressive, obsédée par mon poids, dépressive et je me coupais du monde petit à petit. J'étais malheureuse et maigre comme un clou. Je me suis coupée les cheveux, je perdais ma féminité, je ne me reconnaissais encore moins qu'au début et j'étais affamée. Moi qui aimais tant la vie, les repas, les sorties, la convivialité, j'avais perdu le contrôle en croyant contrôler ma vie. J'avais la sensation que je contrôlais mes parents, leurs émotions, ceux de mes proches, et que je pouvais me venger de tout le mal que j'avais ressenti étant petite. J'étais la reine d'un royaume où les frigos sont vides et où on ne rêve que d'une chose la nuit: les dévaliser jusqu'à en vomir. 

Bref, personne ne me reconnaissait, tout le monde était triste et inquiet, et moi j'étais victime d'un truc que j'avais crée toute seule. Bravo moi ! Mais sans tout ça, je ne serai sûrement pas celle que je suis aujourd'hui, alors rien que pour ça je ne m'en veux plus trop. 

Chapitre 2 : Le tournant positif 

Ce qui se cachait derrière tout ce rejet de la personne que je devenais, c'était bien évidemment un truc bien plus profond que cette histoire de corps. Je ne l'aurai peut-être jamais compris si je n'étais pas passée par là. C'était mon destin, ma crise d'ado à moi, ma façon d'extérioriser un mal qui me rongeait et qui n'avait jamais fait de bruit auparavant. J'avais refoulé trop de mots, de frustrations, de colère, d'incompréhension et de tristesse depuis trop longtemps. Mon corps m'a dit stop. Mes yeux ont changé et mon miroir a traduit le tout. J'avais des choses à régler avant de devenir une femme. J'avais besoin de réparer la petite fille que j'avais été pour laisser la grande faire son entrée. L'une ne pouvait pas aller sans l'autre. Et ça mon cerveau l'avait compris. J'ai décidé de m'alimenter à nouveau, normalement, sans compter les calories et en reprenant doucement du poids. Pour me détacher de tout ce bordel et faire partir mon obsession. 

J'ai donc un jour, après une discussion avec mon papa, décidé de dégommer une BoxMaster chez KFC (trop glamour, avouez que vous ne vous attendiez pas à cette chute), sans culpabiliser, sans courir 1h00 juste après et enchaîner avec une séance d'abdos. Je voulais juste apprécier, savourer, et ne plus penser aux conséquences. J'crois bien que c'est ce qui a marqué le début de ma guérison. Depuis cette période "BoxMaster de la renaissance" j'ai décidé de guérir. Pour en sortir, selon moi, il n'y a qu'une solution : le vouloir. 

Ca a été difficile, je suis passée par une phase de boulimie bien relou, mais qui a été vraiment bien gérée grâce au sport que je pratiquais toujours de façon plus saine. En effet, mon corps a tellement manqué de nutriments pendant 8-9 mois, a tellement été frustré, que mon cerveau appelait un nombre de calories gigantesque à venir dans mon corps à chaque instant. C'est un phénomène normal qui va avec "l'anorexie" (je n'aime pas employer ce mot, je pense qu'il s'agissait plutôt de troubles alimentaires que d'une véritable anorexie). Doucement, les crises se sont arrêtées et j'ai retrouvé un équilibre "normal", en deux ans a peu près. Retrouver une alimentation normale n'a pas été chose facile, j'ai mis du temps, j'ai fait le yo-yo, j'ai arrêté la pilule aussi qui me faisait prendre du poids inutilement, et j'ai continué à pratiquer une activité physique régulière (oui je suis une publicité là). Plus sérieusement, tout s'est réequilibré à son rythme, et j'ai pu apprendre à me connaître, à parler, à me réconcilier avec tout ce qui m'avait posé problème auparavant. J'ai compris ce qui n'allait pas, et maintenant tout va mieux. 

Je sais que j'aurai toujours peur de grossir, que je ferai toujours attention, que je ferai un peu le yo-yo par périodes, mais à une échelle "normale". Et ça c'est génial, d'être en bonne santé et de s'aimer comme on est. Soyez vigilants avec vos proches, de ce qui se passe dans leur assiette et de leur regard sur eux-même. Il faut prendre soin les uns des autres et se dire des choses positives. C'est important. 

 

Merci. 

Un éléphant sur le doigt 

 

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