La claque et le bisou - La vulnérabilité se fait rare

Chers hommes, chères femmes, chers humains. 

Je vous écris aujourd’hui parce que je suis perdue. Je me pose des questions sur notre relation, sur notre avenir ensemble, sur nos interactions et sur nos intentions communes. 

La claque et le bisou - La vulnérabilité se fait rare - Un éléphant sur le doigt

J’ai longtemps eu des discours intérieurs à propos de ma relation avec les hommes en tant que femme, un classique, mais je n’ai jamais vraiment osé l’écrire. D’abord parce que ce sujet est très complexe, épineux et sans fin, puis aussi, parce qu’il englobe d’autres aspects plus politiques sur lesquels il serait glissant de me lancer. Je ne me sens pas encore prête à cela. 

De ce fait, je vais m’en tenir à ma petite expérience et à mon petit ressenti. 

Je démarre avec mon père. J’ai été élevée par un homme fort, colérique, triomphal, dominant mais également doux, drôle, intelligent et sensible. Il m’a blessé psychologiquement, mais il m’a également forgée, transmis une magnifique culture, des valeurs, une intelligence émotionnelle et également situationnelle dont je suis fière. 

J’ai donc grandis avec une image paternelle très forte, très présente, sous laquelle je me suis sentie souvent étouffée et portée à la fois. Nous sommes d’accord jusque là, c’est un tableau assez divisé. La douceur et la claque virtuelle. Je démarre ma vie sentimentale avec une certaine crainte de la gente masculine, que je perçois comme une clique intimidante, malgré moi.  Je rencontre plusieurs garçons, je tombe amoureuse, j’apprivoise le sexe opposé en constatant que chaque personne est différente, des sensibles, des pragmatiques, des logiques, des artistes, des rêveurs, des méchants, des gentils, des bloqués, des phobiques, des doux, des rèches, bref, comme partout, tous les cas de figure existent. 

J’expérimente, je me teste, je suis triste, heureuse, malheureuse, en colère, je me fais quitter, je quitte, y’a la passion, la routine, des amours platoniques, des amours charnels, des discussions, de la rigolade, de la manipulation, puis bon, c’est les humains et les relations quoi.  Puis arrive que j’ai 23 ans, que c’est maintenant et que j’observe autour de moi. J’écoute mes amies, les amies de mes amies, les amis de mes amis, les amis de mes amies bref, t’as compris. Je me rends compte que notre image maternelle ou paternelle, au final, ne change rien au résultat qui est, à mon grand regret, souvent le même. 

Schéma répétitif. La claque et le bisou. Le bisou et la claque. Eternel recommencement. Je me pose des questions, je vois des choses, j’entends des choses. Surtout, je lis des choses. L’amour est comme un jeu ? L’amour fait peur ? Mais c’est quoi ça ? Pourquoi ? 

En effet, j’ai une drôle d’impression face à toutes ces ruptures que je trouve brutales, sans explications et en total manque de compassion, de civisme même. Les gens d’aujourd’hui consomment et ne cherchent plus à essayer de comprendre l’autre. C’est notre intérêt personnel qui compte avant tout, quitte à faire aux autres ce que nous n’aimerions pas subir nous-même.  Ce n’est pas une vérité absolue, c’est un constat de ce que j’ai vu et vécu. A plusieurs reprises, à ma grande surprise.  Ils filent un amour sincère, ça dure, parfois c’est plus court, bref un vrai couple, une connexion, un crush. Peu importe, deux personnes se dévoilent et se montrent qu’elles s’aiment.  Mais voilà, comme de plus en plus souvent, du jour au lendemain, après une dispute, une discussion, un obstacle en fin de compte, plus rien du tout. La peur déclenche une incompréhension intérieure et fausse la relation. 

L’un s’éloigne, ne donne pas vraiment d’explication du pourquoi du comment, il s’enferme dans sa grotte mentale et on ne sait pas ce qu’il en est. Est-il dans la réflexion ? Est-il plus heureux ? Est-il triste et résigné ? Est-ce qu’une discussion peut sauver l’amour ? Est-ce qu’il faut accepter et laisser partir ?

Au final, ces oiseaux blessés se conditionnent mentalement à une chose, s’y tiennent (je ne sais pas comment ils font pour ne pas douter de leur choix ou pour ne pas prendre de risque afin de donner une chance à leur histoire) et fin du récit. Pas d’acte 2, pas de réparation possible, c’est déjà jeté.  Alors oui, il ne faut pas brusquer, il ne faut pas forcer, mais parfois les choses ne méritent-elles pas d’être discutées et potentiellement réparées ? Pourquoi tant d’hommes et de femmes s’enferment, ne parlent pas et se conditionnent dans un état d’esprit qui n’est pas l’amour mais visiblement la volonté de rester dans une certaine position de force, de contrôle ?
 

J’ai peur pour nous, on parle beaucoup des femmes et de leur place dans la société, mais les hommes alors ? Peu parlent de la masculinité, comme si ce sujet était tabou, porteur d'une vulnérabilité interdite.  Ce que je constate ce n’est pas que les hommes fonctionnent différemment des femmes. Ce n’est pas non plus qu’ils nous font souffrir. Ce que je constate, c’est qu’on dirait qu'ils souffrent en silence, qu’ils ne savent pas comment comprendre ce qu’ils ressentent ni comment gérer certaines situations. Enfin pas tous, mais j’ai cette sensation là pour beaucoup d’entre eux. 

Je me trompe peut-être, mais c’est vraiment ce que je ressens. Je pense qu’on ne les éduque pas assez à accepter leurs sentiments, les ressentir pleinement et les assumer. Non, pour beaucoup d’entre eux, sentiments = féminin. Alors que sentiments = humain. Ils sont victimes, comme les femmes dans un autre registre, des codes d’une société genrée. 

Il ne faut pas pleurer, il ne faut pas souffrir, il ne faut pas « montrer ». S’exprimer, pleurer, réagir face à une situation par amour et non par peur, est-ce purement féminin ? Je ne pense pas. C’est juste une question de conditionnement mental selon moi. Ca vaut aussi pour beaucoup de femmes. Les humains de cette génération, sont une vraie énigme. Peut-être est-ce une sorte de chenille qui va devenir un papillon, conséquence d’une période de transition où le monde part en live. Je ne sais pas, j’avais juste envie de l’écrire. 

 

Alors, après la révolution des femmes, à quand une révolution des hommes, et des sentiments ?



Ne me jugez pas sur mes écrits, j'essaye au moins de chercher des réponses, de discuter et d'aimer.

Un éléphant sur le doigt 

Tendresse Génération Société Plaisirs